En s’ouvrant à la concurrence, le secteur du transport ferroviaire de voyageurs en France fait naître de nouveaux marchés aux caractéristiques et conditions d’exploitation variées, et voit émerger de nouveaux acteurs désireux de se substituer à l’opérateur national historique ou de proposer de nouvelles lignes.
Un paysage hétéroclite
Côté marchés, on observe en effet de nombreuses disparités : de la grande vitesse exploitée en open-access contre des services régionaux (TER) opérés en mode conventionné ; quelques rames roulant sur une ligne unique contre plusieurs dizaines gravitant autour d’une étoile ferroviaire, de la réservation à la place contre des titres de transport génériques, des trains neufs contre du matériel éprouvé…
Côté opérateurs, face à SNCF Voyageurs qui entend bien rester en place sur un maximum de marchés au travers de filiales dédiées, trois profils se dégagent :
- Les filiales dédiées des opérateurs ferroviaires historiques étrangers, et notamment l’italien Trenitalia ou l’espagnol Renfe ;
- Des sociétés émanant des grands opérateurs de transport urbain, comme la RATP ou Transdev ;
- Des opérateurs privés complètement nouveaux tels Velvet, Kevin Speed ou Le Train.
En termes d’organisation et d’outils SI, pour les opérateurs issus d’un groupe existant, disposer d’un historique constitue un avantage concurrentiel important. Mais pour se positionner sur les différents marchés et réussir le lancement d’un service de trains voyageurs en France, tous les nouveaux entrants doivent faire face à un certain nombre de défis.
Choisir les outils, sur le marché ou dans sa propre bibliothèque, n’est qu’une première étape. Faire fonctionner indépendamment chaque solution, puis surtout assembler, connecter les solutions les unes aux autres et obtenir un SI cohérent où tout fonctionne de concert le jour J : c’est la principale marche à gravir pour chaque nouvel entrant.
Choisir les outils
Le choix de chaque brique repose sur un compromis entre robustesse et innovation. Sécurisantes, les solutions matures sont souvent coûteuses, tandis que les alternatives innovantes, généralement moins onéreuses, doivent encore faire leurs preuves sur le terrain. Opter pour des solutions différentes de celle de l’opérateur historique constitue aussi un moyen de s’en démarquer, sur les aspects fonctionnels comme financiers.
Dans le contexte où les marchés de transports sont déjà ouverts sur d’autres segments ou dans d’autres parties du monde, les acteurs bénéficient de l’existence – et parfois de l’expérience – de solutions SI performantes et éprouvées sur d’autres modes ou à l’étranger. En effet, des solutions initialement utilisées en transport urbain, en fret ferroviaire ou dans l’aérien peuvent être adaptées – à des coûts raisonnables – pour faire face aux enjeux spécifiques du transport ferroviaire de voyageurs.
Assurer les connexions
Communiquer avec les trains – les géolocaliser, envoyer l’information voyageurs à bord en temps réel, assurer la vidéoprotection, connecter l’IoT servant à la maintenance – n’est jamais simple à mettre en œuvre sur une nouvelle exploitation. La variété des équipements permettant aux rames de communiquer avec le sol, la multiplicité des flux à mettre en place, la singularité des besoins de chaque exploitation font de cette communication sol-bord un sujet très spécifique, qui impose une gestion au cas par cas.
Pour commander les capacités sur le réseau, diffuser l’information voyageurs en gare ou s’échanger d’autres informations importantes, la connexion aux SI de SNCF Réseau et de SNCF Gares & Connexions est un point de passage obligé. De nombreux échanges avec ces acteurs et un travail de développement spécifique sont à anticiper pour déployer ces interfaces externes au niveau d’une nouvelle exploitation ferroviaire.
Par ailleurs, des normes européennes (SIRI, STI TAP) sont en cours de mise en place pour standardiser certains de ces flux : une opportunité bienvenue pour simplifier les connexions futures, notamment avec SNCF Réseau.
Une question d’anticipation
Défi supplémentaire pour préparer le service voyageurs, les SI doivent répondre présent à plusieurs rendez-vous impliquant un degré d’anticipation variable :
- Plus d’un an avant le jour J, les SI d’Exploitation doivent permettre d’intégrer la commande de sillons et de planifier les circulations.
- Également en amont, grâce aux SI de Maintenance, il doit être possible de planifier les premiers entretiens des matériels roulants et de programmer les commandes de pièces ayant un long cycle d’approvisionnement.
- Plusieurs mois avant le premier trajet, les SI de Vente doivent permettre de répertorier, vendre et distribuer les titres de transport aux voyageurs.
- Pour recruter les agents roulants et leur verser leurs premiers salaires, la chaîne logicielle calculant les détails de leur paie doit être testée avec suffisamment d’anticipation.
L’activité future doit donc être préparée en amont avec une contrainte forte : à ce moment-là, les équipes opérationnelles n’existent pas encore, aucun retour terrain n’est possible, cependant, des arbitrages-clés doivent être rendus à dire d’expert.
Outre l’expertise, ces décisions nécessitent de conserver une certaine souplesse pour adapter ses processus et ses outils aux retours des futures équipes après la mise en service commerciale.
Un chantier à ne pas sous-estimer
Moins visible que des chantiers comme l’achat de nouvelles rames, la construction d’un atelier de maintenance ou le recrutement / transfert de personnels, la mise en place de l’écosystème SI est parfois sous-estimée par les nouveaux entrants, en termes de budget comme de planning.
Pourtant, qu’il s’agisse d’adapter des solutions existantes et connues ou decréer un SI complet depuis une page blanche, même dans une logique frugale, un effort financier et humain reste indispensable. L’ensemble des processus – distribution, information voyageurs, maintenance, sûreté, etc. – nécessitent en effet des SI performants et robustes.
Portant ainsi de multiples enjeux, impliquant de nombreux acteurs externes et cachant souvent des complexités profondes, la construction du SI doit donc être suffisamment anticipée par les nouveaux entrants.
Tirant parti de son expérience auprès de différentes entreprises ferroviaires positionnées sur le marché de l’open-access et du transport conventionné de voyageurs, Kern Consulting a une forte expertise sur la définition et la mise en place de SI ferroviaires.

