Quand la technologie se fait enjeu politique

par | 13 janvier 2026 | Actualités métiers

Qu’est-ce que le Health Data Hub

La Plateforme des données de santé, appelée Health Data Hub, a été créée en novembre 2019 pour faciliter le partage des données de santé de manière encadrée et les rendre ainsi disponibles pour la recherche, l’innovation, l’évaluation des politiques de santé, le développement d’outils d’intelligence artificielle en santé, etc…

Le terme HDH (Health Data Hub) désigne à la fois le groupement d’intérêt public (GIP) chargé de la mise en place et de l’administration de cette plateforme mais également la plateforme permettant le stockage et la mise à disposition de données.

Les missions du HDH sont multiples et importantes pour la santé publique. Pour exemple il permettra des études à grande échelle et utiles pour l’épidémiologie, la recherche sur les maladies chroniques, l’évaluation des politiques de santé, etc… Il permettra d’innover pour faciliter le développement d’outils d’intelligence artificielle en santé, participant ainsi à l’amélioration de l’efficacité des soins.

Un peu d’histoire

Pour la partie plateforme, le choix initial de Microsoft pour héberger ces données a fait l’objet de nombreuses polémiques et c’est un feuilleton juridique qui ne cesse de faire controverse depuis 2019. Pour beaucoup, la procédure d’attribution ne fut ni claire ni transparente.

Ce choix avait eu lieu à la suite d’une procédure d’achat simplifiée par le biais de la centrale UGAP [1]. Les conditions d’attribution furent l’objet de critiques de la part de certains politiques, d’associations, et des fournisseurs de cloud français.

Les principales inquiétudes se focalisent sur la souveraineté des données, la sécurité et le respect des libertés individuelles. Le gouvernement justifiant le choix de Microsoft Azure par l’absence de solutions alternatives (cf. déclaration de l’ancienne ministre de la Santé Agnès Buzin, à la commission d’enquête sénatoriale sur la commande publique.) 

En 2023 les pouvoirs publics demandèrent une mission d’expertise afin d’évaluer si un hébergeur européen pouvait répondre aux besoins du HDH et en respectant les exigences de souveraineté et de sécurité. La mission conclut ceci : « Aucun prestataire potentiel ne propose d’offres d’hébergement répondant aux exigences techniques et fonctionnelles pour la mise en œuvre du projet dans un délai compatible avec les impératifs de ce dernier ». Du coté des politiques, le sénateur du Nord Dany Wattebled a notamment questionné à plusieurs reprises la directrice du HDH sur le rôle joué par Capgemini dans la sélection de Microsoft Azure. Catherine Morin-Dessailly, sénatrice de Seine-Maritime faisait part dans un courrier adressé à la Première ministre en décembre 2023, du « sentiment général » des fournisseurs recalés par le HDH, critiquant les conditions d’évaluation notamment la multiplication des critères d’éligibilité.  

Si fin 2023 la CNIL autorisait à créer un entrepôt de données de santé et son hébergement sur Azure pendant trois ans, elle le « déplore » et encourage la migration de la plateforme technique vers un cloud souverain. Elle indique s’être trouvée face à un dilemme en optant pour la sécurité technique qu’offre le cloud Microsoft au détriment de la protection des données contre tout accès éventuel par des autorités publiques d’Etats tiers.

Mais en 2024, la loi SREN (Sécuriser et Réguler l’Espace Numérique) impose aux opérateurs publics et privés traitant des données sensibles de recourir à des prestataires de cloud offrant des garanties de souveraineté et de s’assurer que ni les données, ni leur traitement ne peuvent être transférés ou accessibles depuis un pays tiers hors cadre juridique européen. Le HDH doit donc migrer vers un hébergeur souverain et pour ceci un appel d’offres a été publié en juillet 2025 afin de trouver “une solution intercalaire” [2] pour un montant de 6,2 millions d’euros, conforme aux référentiels SecNumCloud [3], pour un démarrage prévu début 2026. Les candidats évoqués sont : OVHcloud, Outscale, Scaleway, éventuellement NumSpot ou Cloud Temple.

L’objectif est une mise en service d’une solution début 2026, avec une bascule complète vers un hébergement souverain à l’été 2026. Un objectif qui s’annonce difficilement atteignable au vu des imbroglios réglementaires, techniques et politiques très brièvement résumés dans les lignes précédentes.

Ou en sommes-nous ?  

Un récent article de l’Usine Digitale alertait avec un titre choc « Le fiasco du Health Data Hub se confirme [4] ».  Cet article s’appuyât sur un rapport de la Cour des comptes sur le Fonds de transformation de l’action publique (FTAP) qui finance les projets de modernisation de l’Etat et pointe une gestion budgétaire défaillante. Les juges financiers se sont penchés sur le projet du HDH et constate que les économies escomptées ne sont pas au rendez-vous. Les économies générées avaient été initialement estimées à 54 millions d’euros à l’échéance de début 2025, un chiffre jugé a posteriori comme “très peu crédible”. La Cour constate que les économies réelles sont seulement de 500 000 euros.  Pour le rapport, cette révision démontre que le calcul initial des économies n’était pas fiable et reposait sur des hypothèses non vérifiées qui se sont rapidement heurtées à la réalité du terrain.  La raison principale de ce mauvais ROI serait liée au rétrécissement du périmètre de la plateforme provoqué par “certaines oppositions à l’utilisation de l’application numérique choisie”. Car comme relaté précédemment le choix de Microsoft Azure avait été vivement critiqué en raison de la soumission de la société aux législations américaines et de nombreux recours se sont formés autour de ce choix, transformant et ralentissant le projet.

Nous l’avons montré, cette migration du HDH rencontre des défis importants :

  • Répondre aux exigences de sécurité des données et de souveraineté numérique.
  • Prendre en compte les évolutions technologiques, notamment l’essor de l’IA générative.
  • Respecter le calendrier et gérer les éventuels retards : lancement complet de la nouvelle plateforme prévu courant 2026.
  • Faire face aux critiques qui soulignent un manque de transparence et de progrès concrets, peu d’information sur les détails techniques spécifiques de la migration et les résultats des tests en cours.

CONCLUSION

Le HDH est un projet très important et ambitionne de devenir un leader mondial dans la gestion des données de santé, en continuant à innover et à respecter les libertés individuelles. C’est dans le secteur de la santé que le couple IA/data peut réellement contribuer à l’amélioration de l’offre de soins, à mieux se soigner.

Mais ce projet a montré de manière flagrante notre dépendance aux technologies américaines. Le risque de s’y soumettre est grand, les enjeux économiques et politiques énormes.

En conclusion la remarque de la CNIL qui pointe le rendez-vous raté « … regrette que la stratégie mise en place pour favoriser l’accès des chercheurs aux données de santé n’ait pas fourni l’occasion de stimuler une offre européenne à même de répondre à ce besoin ».

Annexe :

Pour en savoir plus sur les missions du Health Data Hub :

https://www.health-data-hub.fr


[1] Union des groupements d’achats publics (UGAP) : Première centrale d’achat public, placé sous la tutelle du ministre chargé du Budget et du ministre chargé de l’Education nationale.

[2] Solution intercalaire : migration vers une solution conforme à la loi SREN et qui consiste à héberger une copie de la base principale actuellement gérée par l’Assurance maladie.

[3] Le SecNumCloud est un référentiel de sécurité élaboré par l’ANSSI pour les prestataires de services cloud, garantissant un haut niveau d’exigence technique, opérationnel et juridique.

[4]L’Usine Digitale – Publié le 26 novembre 2025.