Impossible de passer à côté de cette actualité : le 19 octobre dernier, un cambriolage spectaculaire s’est produit au Louvre : plusieurs bijoux historiques appartenant aux collections nationales ont été dérobés.
Contrairement aux biens privés, ces trésors publics ne bénéficient pas d’un contrat d’assurance classique. Une situation singulière qui met en lumière le régime « d’auto-assurance » de l’État. 1
Des œuvres publiques… sans assurance !
Les huit pièces volées font partie des collections nationales, donc du domaine public de l’État. Ces biens sont ainsi inaliénables et imprescriptibles : ils ne peuvent être ni vendus, ni cédés, ni revendiqués, même après un vol.
De ce fait, aucune assurance privée ne couvre leur perte lorsqu’elles se trouvent dans un musée national.
Le coût de la perte est directement supporté par les finances publiques, sans recours à un assureur externe ni à un fonds d’indemnisation spécifique.
Cette « absence d’assurance » n’est pas un oubli, c’est un choix juridique et (surtout) budgétaire. En conservant la responsabilité directe de ses collections, l’État évite de payer des primes considérables sur des biens d’une valeur souvent inestimable.
Ce régime d’auto-assurance publique traduit également une confiance dans les dispositifs de sécurité des institutions culturelles. L’affaire du Louvre rappelle ainsi que le risque zéro n’existe pas, même dans les lieux les plus sécurisés.
Hors du musée : l’assurance « clou à clou »
Le régime d’assurance change dès lors qu’une œuvre quitte les murs du musée. Dans ce cas, l’État souscrit une assurance “tout risque clou à clou” couvrant chaque étape : enlèvement, transport, exposition et retour.
Ces polices privées indemnisent le vol, la casse ou l’incendie, sous réserve du respect de conditions strictes : vitrines anti-effraction, vidéosurveillance, transport sous escorte, contrôle hygrométrique, etc.
La valeur assurée est fixée par les conservateurs et experts, selon des critères de marché et de prestige historique. Un exercice assez délicat pour des biens que l’on dit inestimables.
Et les dégâts « matériels » ?
Si les œuvres nationales ne sont pas assurées, les équipements du musée (vitrines, capteurs, systèmes de sécurité) peuvent l’être. Ces dommages matériels seront alors pris en charge par les assureurs du musée, dans les limites prévues au contrat.
La prévention : pilier central
Ce cambriolage a mis en évidence un point crucial : dans un régime d’auto-assurance, la prévention n’est pas un choix, mais une obligation.
Chaque faille de sécurité se traduit mécaniquement par un coût supporté par la puissance publique.
Ce n’est pas un hasard si les institutions culturelles investissent massivement dans la sûreté : modernisation des systèmes d’alarme, remplacement des vitrines, contrôle renforcé des accès, organisation de la réponse en cas d’intrusion, etc.
Le 19 novembre dernier, Laurence des Cars (Directrice du Musée du Louvre) a présenté une vingtaine de mesures d’urgence visant à instaurer une « culture de la sureté » (renforcement de la vidéosurveillance, amélioration des dispositifs de contrôle, personnel supplémentaire…) 2. Cela démontre bien que, pour l’État auto-assureur, le levier le plus efficace n’est pas l’indemnisation… mais l’anticipation.
Le vol du Louvre ne relance pas le débat sur une éventuelle assurance privée des collections nationales (une option coûteuse, complexe et peu réaliste), mais il démontre la nécessité de renforcer les actions préventives.
Qu’il s’agisse d’auto-assurance (comme aujourd’hui) ou d’une hypothétique assurance privée, la prévention reste le seul levier capable de réduire durablement le risque… et donc le coût.
1 Vol au Louvre : l’assurance des œuvres patrimoniales de l’État en question

