La révolution de la e-santé, c’est maintenant !

by | 4 février 2022 | Assurance

Dans les prochains jours le ministre de la santé va communiquer sur l’ouverture à tous les français de ‘Mon Espace santé’.  Une campagne d’information nationale sera également lancée dans le courant du mois de février et la Sécurité Sociale informera par courriel chaque assuré d’ici au mois d’avril.

Il s’agit d’un nouveau service public qui permettra à chacun de stocker et partager ses documents et données de santé en toute sécurité pour être mieux soigné.

En pleine transformation depuis le lancement de la feuille de route du numérique en santé fin 2019, la e-santé a connu un développement important au cours de la crise sanitaire et cela va encore s’accélérer avec la mise en place de ce nouveau service.

Qu’est-ce que mon espace santé ?

Ce nouvel outil numérique public, gratuit, confidentiel et sécurisé a pour objectif de faciliter les démarches et les échanges des usagers avec les professionnels et établissements de santé pour aboutir à une meilleure prise en charge de leur santé.

Mon espace santé’ est la concrétisation du virage numérique porté par les pouvoirs publics afin de moderniser les systèmes d’information en santé. Si ce dispositif est encore inconnu de beaucoup de personnes, il a déjà été testé depuis juillet 2021 dans trois départements pilotes. Les principales fonctionnalités embarquées sont :

  • Une messagerie sécurisée de santé pour recevoir des informations personnelles et confidentielles en provenance des professionnels de santé qui suivent le patient, en ville comme à l’hôpital.
  • Une version améliorée du Dossier Médical Partagé (DMP) pour stocker ses documents de santé : ordonnances, traitements, résultats d’examens, antécédents médicaux, compte-rendu d’hospitalisation, vaccination et de les partager avec les professionnels de santé de son choix. Toutes les informations contenues dans près de 10 millions de DMP existants seront transférées dans ‘Mon espace santé’.
  • Un Agenda santé pour maîtriser ses rendez-vous médicaux, ses rappels et dates d’examens clés.
  • Un catalogue de services numériques de santé référencés par l’Etat, sécurisé et compatible avec « monespacesanté.fr »

Un point important à souligner par rapport aux réalisations précédentes (DMP), tout le monde aura son espace santé, sauf s’il s’y oppose (principe de l’opt-out)[1].

Les facteurs de succès 

La mise en place de ‘Mon espace santé’ est un projet important et ambitieux, mais sa réussite est soumise à de nombreux facteurs. Quels sont les points qui participeront à cette réussite ?

Un engagement fort de l’état 

<< Très vite, il est apparu, notamment pour éviter que nos données de santé ne soient confiées aux Gafam, qu’il revenait à la puissance publique d’endosser le rôle de garant de la sécurité et de l’éthique du numérique en santé et par là-même, de construire l’espace numérique de santé…>> [2]

Pour défendre cette conception d’un numérique en santé souverain, citoyen, éthique et humaniste,
et pour le concrétiser, le ministère des Solidarités et de la Santé à la suite du Ségur de la santé investira 2 milliards d’euros pour les 5 prochaines années.

Un projet structuré et piloté

L’Agence du Numérique en Santé (ANS) accompagne la transformation numérique du système de santé et se veut l’accélérateur institutionnel de la santé numérique. Elle apporte son savoir-faire de maitrise d’ouvrage de projets métier d’envergure nationale à forts enjeux de conduite du changement, et son expertise en matière d’urbanisation, de sécurité et d’interopérabilité des systèmes d’information.  L’agence entend porter les rôles de régulateur, d’opérateur, promoteur et   valorisateur.

Un projet qui cherche à fédérer et décloisonner

Le projet est mené avec un souci de décloisonnement entre secteurs et avec de nombreux acteurs. Secteurs sanitaire, social et médico-social, privés comme publics, professionnels ou usagers, professionnels et établissements de santé, porteurs de projets, startups et éditeurs de logiciels, associations de patients et comités de citoyens… tous sont embarqués dans le projet.

Les choix techniques favorisent également l’interopérabilité par des solutions labellisées, partagées et sécurisées.

Des opportunités pour les industriels de santé

Pour les industriels de santé, ‘Mon espace santé’ représente un formidable levier de développement et d’innovation. Le développement de l’usage des solutions numériques, les fonctionnalités de partage sécurisé dans un espace unique aussi bien pour les citoyens que les professionnels de santé offrent un terrain de jeu formidable pour concevoir et proposer des services apportant plus de valeur aux patients.

Industriels, start-up, Medtech… :  les développements et annonces se multiplient et le récent CES 2022 [3] a vu un foisonnement de nouveautés dans le monde de la santé.

Pour les patients : un parcours de soin personnalisé et enrichi

Depuis son smartphone, tablette ou ordinateur, chacun pourra accéder à un espace personnel de santé et gérer ainsi ses données de santé et utiliser les services numériques en santé labellisés par l’Assurance maladie et mis à disposition sur le ‘store’ de la plateforme. Ces services se développeront au fur et à mesure de l’enrichissement de l’offre des fournisseurs.

Les défis à relever

Mais il existe aussi des écueils et facteurs de risques à ne pas négliger.

Le défi des « éloignés du numérique »

Ce service est innovant et ambitieux mais il doit être accessible à tous, donc même pour les personnes éloignées du numérique, pour diverses raisons – géographiques, démographiques, culturelles, etc. Un défi de taille à relever afin que personne ne soit laissé de côté. Encore 35% des Français éprouvent des difficultés qui les empêchent d’utiliser pleinement les outils numériques et internet. [4]

Le virage du digital pour les professionnels de santé

Ce qui est vrai pour les citoyens/patients l’est aussi pour les professionnels de santé, car la digitalisation médicale est en train de modifier l’environnement de travail des professionnels de santé (à distance, objets connectés …)  Cette transformation digitale touche toutes les professions médicales et paramédicales. Pour qu’ils s’approprient ces avancées, il faut bien sûr les mobiliser, les accompagner et les former.  Toutefois, la crise sanitaire a fortement accéléré la digitalisation de nombre d’entre eux, en démocratisant la consultation à distance notamment.

L’adhésion des utilisateurs

Plus que la solution technique, ce qui fera le succès (ou non) de ‘Mon espace santé’ c’est la pertinence des services rendus, la réponse avec la plus large couverture fonctionnelle possible aux besoins, la disponibilité d’applications orientées patients, l’ergonomie : tout ce qui concourt à une adhésion, par l’usage, des différents acteurs.

La sécurité et confidentialité

Les sujets de la sécurité et de la confidentialité sont très sensibles, les Français y sont très attachés : c’est une préoccupation pour 83 % d’entre eux et 84 % notent l’impact négatif de la digitalisation[5]. Certains sites web indiquent déjà comment ne pas activer l’espace de santé pour éviter ce qui serait perçu comme un « fichage ». Donner et prouver la confiance en la sécurité est donc indispensable. La plus-value d’un tel service doit être clairement visible pour que le rapport « bénéfices / risques » soit favorable à une très large adhésion et une contestation minimale.

Et les assureurs dans tout ça ?

Certes, les complémentaires santé (OCAM) n’ont pas encore été impliquées en tant que telles dans la conception de ‘Mon espace santé’, rôle confié aux pouvoirs publics, mais il nous semble essentiel qu’elles se saisissent du sujet pour prendre en compte tout le potentiel de l’Espace numérique de la santé.

Très occupés au développement de leurs outils numériques avec comme principale difficulté de les lier avec leurs systèmes de gestion, à ce jour, peu d’organismes complémentaires d’assurance maladie ont engagé ce travail. Car le raccordement à la nouvelle plateforme santé, dans le respect des cahiers des charges [6], demandera de nouveaux efforts.

Mais avec l’arrivée de ‘Mon espace santé’ les complémentaires santé doivent imaginer des usages numériques plus riches et intégrés au parcours de santé. Par exemple la synchronisation de dispositifs numériques tel que les objets connectés avec les briques socles de ‘Mon espace santé’ ouvre des perspectives sur des solutions de prévention, suivi et prise en charge pour aider le citoyen dans son parcours de santé. Les sources d’innovation sont bien présentes avec un fort potentiel en termes de propositions de services à l’assuré, l’enjeu pour les complémentaires santé sera de sortir de leur rôle de « financeurs » pour proposer un réel accompagnement des patients par la mise à disposition de services adaptés. 

Chez KERN nous pensons que les OCAM peuvent être des acteurs particulièrement actifs pour donner du sens et générer des usages au bénéfice des usagers du système de santé.

‘Mon espace santé’ est une promesse qui reste à concrétiser et l’enjeu est d’importance. L’avenir de notre modèle de santé dépend de notre capacité à prendre collectivement le virage numérique et améliorer le système de santé aux côtés de tous les acteurs, privés comme publics, professionnels ou usagers et ceci en toute sécurité et en toute confiance. 

Dans une interview à Libération, Dominique PON (responsable ministériel au numérique en santé) déclarait « … il faut que l’on y arrive, car si on échoue, les Google et autre Gafa nous écraseront et prendront toute la place. »[7] .


[1] Opt-out :  si l’utilisateur n’a pas dit « non », c’est « oui ».

[2] Point presse du 29 avril 2021. Ministère des solidarités et de la santé.

[3] Consumer Electronics Show (CES) Las Vegas – 5 au 8 janvier 2022.

[4] L’édition 2021 du Baromètre du numérique de l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques, des Postes et de la Distribution de la Presse (ARCEP)

[5] Mazars : étude consacrée au positionnement des Français par rapport à la protection des données personnelles.

[6] Voir le Cahier des Charges de l’appel à candidature sur le store ENS – GIE SESAM-Vitale.

[7] Libération le 15 mars 2019