Première partie d’une série en 4 articles sur le vaste thème des GAFAM et l’assurance santé, nous plantons tout d’abord le décor : 

Les GAFAM s’intéressent-ils à l’assurance santé ?

Récemment, Alphabet (maison mère de Google) via sa filiale Verily Life Sciences a annoncé la création d’une nouvelle filiale, Coefficient Insurance Company, qui opèrera auprès du leader mondial de la réassurance Swiss Re dans l’assurance santé aux États-Unis. Il n’en faut pas plus pour raviver le débat sur l’arrivée des géants du Web dans les secteurs assurantiels. Les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) mais aussi des géants du web en Asie, multiplient les initiatives dans le domaine assurantiel et suscitent l’inquiétude de la part des acteurs historiques de l’assurance.

Et les GAFAM sont arrivés….

Avant d’étudier les impacts de l’arrivée des GAFAM dans le monde de l’assurance santé il important de reprendre un peu de hauteur pour tenter de décrypter leurs stratégies. Tout le monde connait leur impressionnante progression et leur poids prépondérant dans l’économie mondiale, avec des capitalisations boursières qui dépassent le PIB de certains États et une trésorerie disponible gigantesque. Elles sont en situation de monopole ou quasi-monopole sur leur secteur d’origine et se sont engagées dans des stratégies de diversification de services tout horizon. Mais qui sont-elles ?

Au cours de la dernière décennie, cinq grandes entreprises de la tech se sont transformées en cinq grands empires technologiques. De l’image de sympathiques entrepreneurs dans leur garage, ces entreprises se sont développées et ont étendu leurs pouvoirs au point de redéfinir l’univers technologique et de transformer nos pratiques quotidiennes.

Ces sociétés se sont développées chacune dans leur activité respective dont elles sont devenues les leaders. Elles se sont réparties, de fait, les principaux segments du marché du numérique dans lesquels elles ont su s’imposer et prospérer grâce à la combinaison de plusieurs facteurs :

  • Un ou deux fondateurs visionnaires et charismatiques,
  • Une offre innovante toujours à la pointe de la technologie,
  • Une stratégie « orientée client »,
  • Des capacités financières à la hauteur des investissements nécessaires.

Les stratégies des GAFAM : de la start-up à la multinationale…

Il ne faut pas occulter que les GAFAM sont bien plus que des entreprises privées, les fortes personnalités des fondateurs et leur vision du monde futur marquent profondément les stratégies de ces entreprises. Des ambitions différentes, mais des points communs : une volonté de conquête et des aspirations profondes empreintes de transhumanisme[1] :  ces entreprises veulent être les grands architectes d’un monde nouveau.

Pour cela, elles ont utilisé ce que les observateurs nomment ‘La stratégie du criquet’, avec un mode opératoire précis :

  • Première phase : contrat avec une entreprise du secteur convoité (partenariat, contrat de service…),
  • Deuxième phase : étude du mode de fonctionnement du secteur considéré (chaîne de valeurs, technique, process…) et captation des données,
  • Troisième phase : le partenaire est phagocyté,
  • Quatrième phase : création progressive d’un lien de dépendance voire d’un monopole dans le secteur cible,
  • Puis changement de secteur.

Mais c’est surtout leur formidable capacité à capter et à exploiter les données en provenance de leurs clients qui fonde leur force. Ils ont pu construire des bases de données extrêmement riches, le plus souvent en contrepartie de services fournis gratuitement. La richesse des informations contenues dans ces bases leur permet d’adapter leurs offres aux besoins ou attentes des clients et/ou de de vendre des données pour des publicités ciblées.

Voilà comment les GAFAM pénètrent les secteurs aussi divers que l’automobile, la banque, la musique, la construction, la grande distribution…. Et maintenant la santé : la médecine, l’industrie pharmaceutique, l’assurance …

En effet, leur intérêt pour le monde de la santé est clairement affiché. La santé offre un large ensemble d’activités économiques, c’est une thématique porteuse et une industrie critique pour l’avenir de l’humanité. Le marché est énorme, il s’élève, selon les estimations, à environ 6500 à 7000 milliards de dollars, ce qui correspond à environ 8,5 à 9,3 % du PIB mondial. Il est en croissance, ce qui s’explique essentiellement par le double phénomène de l’augmentation et, simultanément, du vieillissement de la population mondiale.

Ce secteur est grand consommateur de données, selon un rapport du cabinet Frost & Sullivan, les données produites chaque année par le secteur médical au niveau mondial devraient voir leur volume multiplié par 10 en 5 ans. De quoi aiguiser l’appétit de ces spécialistes de la donnée et de l’intelligence artificielle

Les GAFAM veulent jouer un rôle dans la transformation de ce secteur, être les précurseurs de la New Health Economy (la nouvelle économie de la santé). Ils proposent des solutions en capitalisant sur leurs infrastructures existantes pour améliorer nos modes de vie. Par exemple : détection des maladies et prédiction des épidémies, parcours de santé et suivi optimisé des patients, objets connectés, développement de nouvelles solutions thérapeutiques, …

Investir le secteur de la santé c’est l’occasion pour les GAFAM de changer à la fois leur image et de développer davantage leur responsabilité sociétale. Cela répond également à leur soif d’expansion sur des secteur nouveaux en utilisant les méthodes et outils qu’ils maitrisent parfaitement. Et même si au sein de cet écosystème l’assurance santé n’est qu’un des composants, les données détenues par les assureurs sont précieuses et leur place prépondérante dans toute la chaine de valeur.

Et les clients ?

Enfin, du point de vue des clients, ils semblent favorables au changement. D’après une étude 2018 du Cabinet Bain & Company, il apparait que 52% des assurés français se déclarent ouverts à l’idée de souscrire une assurance auprès d’un nouvel entrant comme un GAFAM ou une insurtech. Le pourcentage monte même à 80% chez les millennials (18-34 ans).  En février 2014 une autre étude mondiale menée par Accenture dans 11 pays montrait que les consommateurs seraient prêts à acheter des produits d’assurance aux géants du Web.


A suivre…

Le décor étant planté, nous détaillerons dans les articles suivants ces menaces qui pèsent sur les organismes assureurs, les barrières à franchir pour les nouveaux entrants et comment les ripostes s’organisent…

Rendez-vous début janvier pour lire le deuxième volet sur les GAFAM et la relation client…