Marseille-Nice par Transdev, 1 an plus tard

1938 – 2025 : de la création de la SNCF à la première mise en concurrence ferroviaire régionale

Le 29 juin 2025 restera une date gravée dans l’histoire ferroviaire française. Pour la première fois depuis 1938, une ligne régionale voyageurs s’ouvre à la concurrence : Transdev prend les commandes de la ligne Marseille–Nice, bousculant le monopole qu’exerçait SNCF Voyageurs depuis la nationalisation de 1938. Un an plus tard, après l’euphorie du démarrage et les difficultés inhérentes au transport ferroviaire, quel bilan ?

S’intégrer dans l’écosystème ferroviaire : une courbe d’apprentissage inévitable

Devenir nouvel exploitant ferroviaire en France signifie s’insérer dans un système mature, structuré de longue date autour d’un acteur unique. Pour TRSI (Transdev Rail Sud Intermétropole), filiale dédiée à cette mission, cela a supposé un apprentissage collectif, patient et progressif.

La coordination avec SNCF Réseau, gestionnaire des infrastructures, et SNCF Gares & Connexions, qui pilote les gares, a demandé un effort d’adaptation mutuelle. Ces entités avaient naturellement développé leurs processus et leurs réflexes au contact de SNCF Voyageurs, partenaire de longue date. Obtenir des sillons, affiner l’information voyageurs en gare, organiser la gestion des incidents en temps réel : autant de chantiers qui ont requis, des deux côtés, de construire de nouveaux modes de collaboration.

Côté matériel roulant, c’est Alstom qui a été retenu pour fabriquer les 16 rames « Omneo Premium » flambant neuves. Des retards de livraison, qui ont été anticipés bien en amont par Transdev et Alstom, ont conduit TRSI à louer temporairement des rames auprès d’autres régions – une solution de transition qui a permis d’assurer le service en intégralité, en prenant en compte l’augmentation de l’offre (2 fois plus de trains qu’avant). La dernière rame Omneo Premium a été livrée 3 mois après le démarrage commercial.

La billettique, enfin : en attendant le nouveau système billettique de la Région PACA, projet ambitieux qui sera opérationnel en 2027, c’est SNCF Voyageurs qui assure la distribution des billets Transdev, sur demande de la Région. Notons que ce point a permis une reprise sans couture : les clients achètent leurs billets sur les mêmes plateformes qu’avant, le changement est quasiment invisible !

Au total, TRSI a dû trouver sa place dans un écosystème où coexistent SNCF Réseau, SNCF Gares & Connexions, SNCF Connect, Alstom, et des rames de substitution estampillées d’autres régions. Une co-construction exigeante !

Reste qu’au-delà de ces défis d’intégration, une seule question compte vraiment : qu’en ont retiré les voyageurs ?

Une première année convaincante pour Transdev

Au milieu de ces ajustements, une chose est sûre : la transition s’est faite sans heurt majeur. Les seize Omneo Premium, lorsqu’ils étaient enfin disponibles, ont fait l’unanimité face aux 5 rames Corail vieilles de 45 ans qu’elles remplaçaient : wifi, prises USB, climatisation, espace snacking et machines à café, emport vélos et accès facilité aux personnes à mobilité réduite. De quoi faire grimper la satisfaction de la clientèle à 4,7 sur 5. Et le public a suivi : Transdev revendiquait 2,5 millions de voyageurs, soit 22 % de plus qu’un an plus tôt1.

Côté exploitation, le pari de la régularité semble tenu. Là où l’ancien service plafonnait à 80 % de ponctualité et 11 à 12 % d’annulations2, le nouvel entrant affichait une régularité de 97,2 % après 6 mois d’exploitation, à un cheveu de l’objectif contractuel de 97,5 %3. Transdev a aussi su imposer un niveau de service perceptible, avec des agents de relation client à bord des trains et une équipe de 190 personnes mêlant anciens cheminots de SNCF Voyageurs et conducteurs formés par Transdev. La vraie leçon de cette première année est peut-être là : un nouvel entrant a su répondre aux attentes et assurer une exploitation fiable, en ponctualité comme en offre. Mais cette réussite a aussi été portée par les investissements de la Région, qui avait fait de la modernisation du matériel et de l’augmentation de l’offre une priorité – une promesse, là encore, tenue.

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Aménagement intérieur des nouvelles rames Omneo Premium

La voie est libre

Cette première année prouve que l’ouverture à la concurrence ferroviaire régionale est possible, tout en conservant la satisfaction client. Le sillon est tracé, et d’autres s’y engagent déjà. En Normandie, RATP Dev reprendra dès l’été 2027 l’« Étoile de Caen », un ensemble de dix lignes représentant près de 20 % du trafic TER régional, avec une offre en hausse de 50 %. Dans le Grand Est, la Région a confié à Transdev la réhabilitation d’une ligne en partie abandonnée : à partir de décembre 2027, Contrexéville sera à 1h10 de Nancy, avec 30 allers-retours quotidiens contre 6 avant la fermeture de 2016.

L’Étoile de Caen offrira d’ailleurs un point de comparaison instructif : RATP Dev y exploitera du matériel déjà en circulation, et non des rames neuves. Ces rames étant toujours utilisées pour le service commercial, leur reprise compliquera sans doute la transition et les marches à blanc. L’épreuve sera donc plus exigeante, et permettra d’apprécier la performance d’un nouvel entrant indépendamment de la modernisation du parc, sur sa seule capacité d’exploitation.

Un nouveau jalon, à n’en pas douter, dans une ouverture à la concurrence qui ne fait que s’amorcer.

  1. Propos de Claude Steinmetz, président de Transdev Rail, rapportés dans « Satisfait de ses débuts sur Marseille-Nice, Transdev veut décrocher d’autres lignes en 2026 », Voyages d’Affaires, 15 janvier 2026. ↩︎
  2. Propos de Renaud Muselier, président de la Région Sud, rapportés par O. Cognasse, « « Un changement historique » : Marseille-Nice, première ligne de train régionale exploitée par Transdev », L’Usine Nouvelle, 1ᵉʳ juillet 2025.
    ↩︎
  3. « Marseille-Toulon-Nice, six mois d’exploitation : une première historique », Transdev, communiqué, février 2026. ↩︎