Superviseurs de l’assurance : quel rôle face au changement climatique ? l’ACPR prend de l’avance avec un exercice innovant

par | 19 octobre 2021 | Assurance

Cinquième publication de notre série sur l’impact du changement climatique sur la supervision des organismes d’assurance : un outil spécialement créé par l’ACPR, l’exercice pilote climatique.

Sans attendre la mise en place de ces stress-tests améliorés, l’ACPR a souhaité mener un exercice inédit, entièrement centré sur les risques liés au changement climatique : l’exercice pilote climatique 2020[1].

Lancé en juillet 2020, il s’agit d’un exercice de projection à horizon 2050 des conséquences du changement climatique sur les organismes bancaires et assurantiels. La méthodologie de l’exercice s’appuie sur :

  • une période de court-terme (2019-2025) à bilan statique, c’est à dire sans aucune évolution des portefeuilles au passif et à l’actif,
  • et une période de long terme (2025-2050) à bilan dynamique – assorti des variables macroéconomiques, financières et techniques permettant de faire évoluer à la fois les engagements au passif (portefeuille assuré) et les actifs représentatifs.


En mai 2021, l’ACPR en a publié les principaux enseignements[2]. Elle souligne l’intense mobilisation de la profession[3]  malgré le fait qu’il s’agisse d’un exercice basé sur le volontariat et en pleine période de pandémie, signe que l’enjeu est pris très au sérieux et révèle la prise de conscience des organismes d’assurance sur la pertinence de tels exercices pour progresser dans leur prise en compte du risque climatique. Elle se félicite également d’avoir validé la faisabilité d’un tel exercice en suivant les scénarios complexes de transition ou de risque physique s’appuyant sur les travaux du NGFS[4], le réseau de banques centrales et de superviseurs pour le « verdissement » du secteur financier, sur lesquels il est prévu que des exercices similaires soient menés prochainement par la Banque Centrale d’Angleterre et la Banque Centrale Européenne. Cela contribue à consolider le socle méthodologique de tels travaux.

Elle constate que l’exposition du secteur aux risques liés au changement climatique est globalement « modérée », tout en précisant prudemment que contrairement aux stress-tests habituels, les scénarios ne prévoient pas de récession à l’horizon 2050 – tout au plus une croissance faible – et qu’il existe de grandes incertitudes liées à la vitesse et l’impact du changement climatique. Ce résultat néanmoins encourageant peut s’expliquer par la modeste dispersion géographique des actifs et passifs considérés, majoritairement en France (50%) et en Europe (75% au total). Il faut cependant noter que le coût des sinistres de risque physique pourrait être multiplié par 5 ou 6 d’ici 2050, faisant peser un risque d’assurabilité sur certains territoires – qui pourrait être intégralement compensé par une hausse des cotisations d’après les organismes participants.

Enfin, l’ACPR pousse les organismes d’assurance à intégrer les risques induits par le changement climatique dans leurs processus d’évaluation des risques financiers, pour améliorer l’allocation des ressources et être en mesure de financer la transition.

Ce dernier point devrait être appuyé par le résultat des travaux conjoints des trois autorités européennes de supervision des institutions financières – bancaire (EBA), des marchés financiers (ESMA), et de l’assurance (EIOPA). Celles-ci sont chargées par la Commission Européenne, dans le cadre de son programme de travail sur la finance durable, de proposer des règles visant à mieux diriger les capitaux vers des activités durables[5]. Il est ainsi attendu des modifications au niveau des actes délégués relatifs :

  • A l’évaluation des risques en matière de durabilité – exemple : impact sur la valeur d’un investissement dans une société en cas d’inondation de ses outils de production ;
  • Au conseil en investissement et en assurance, en ajoutant aux critères à prendre en compte les préférences de l’investisseur en matière de durabilité
  • A la prise en considération notamment par les organismes d’assurance des facteurs de durabilité dès la conception de leurs produits.

Le prochain exercice pilote climatique de l’ACPR est envisagé à l’horizon 2023-2024. L’outil et sa méthodologie auront certainement évolué d’ici là !

La sixième publication de notre série relative à l’impact du changement climatique sur la supervision des organismes d’assurance donnera un éclairage sur les nouveaux travaux transverses lancés par l’EIOPA sur les risques de catastrophe naturelle.


[1] https://acpr.banque-france.fr/scenarios-et-hypotheses-principales-de-lexercice-pilote-climatique

[2] https://acpr.banque-france.fr/sites/default/files/medias/documents/20210602_as_exercice_pilote.pdf

[3] Les organismes d’assurance participants représentaient 75% du total de bilan de l’assurance française

[4] https://www.ngfs.net/en

[5] https://ec.europa.eu/france/news/20210421/finance_durable_et_taxinomie_fr