Superviseurs de l’assurance : quel rôle face au changement climatique ? les stress-tests invités à mieux prendre en compte le risque climatique

by | 12 octobre 2021 | Assurance

Le quatrième volet de notre série sur l’impact du changement climatique sur la supervision des organismes d’assurance est consacré cette fois aux stress-tests annuels de l’EIOPA et les évolutions en cours et à venir pour répondre au défi du changement climatique.

Les stress-tests annuels conduits par l’EIOPA appliquent des « chocs » aux portefeuilles assurés, pour s’assurer de leur résilience d’un point de vue solvabilité et liquidité. Un nouveau scénario est défini chaque année. Il dépend de la conjoncture à court terme, mais également des tendances de long terme. Les stress-tests 2021 en cours[1] mettent par exemple l’accent sur une crise du Covid-19 qui se prolonge et accentue les difficultés économiques et sociales actuelles (conjoncturel), dans un environnement de taux durablement bas (structurel).

D’évidence, le poids des conséquences du changement climatique s’accentuera fortement dans les scénarios des années à venir. Dans le cadre d’une consultation[2] tenue entre juin et octobre 2020, basée sur son deuxième document de travail sur les principes méthodologiques des stress-tests assurantiels, l’EIOPA a ouvert la discussion autour de trois sujets, dont le cadre des stress-tests vus sous l’angle du changement climatique. L’objectif était de recueillir l’avis des différentes parties intéressées – organismes d’assurance, pouvoirs publics, groupes d’intérêts, etc. – avant d’éventuellement faire évoluer la méthodologie de ces stress-tests.

Si l’EIOPA n’a pas encore communiqué sur les conclusions qu’elle en tire, le document de travail permet de comprendre les grandes tendances envisagées d’ici 2023 :

  • L’inclusion de différents scénarios climatiques – qui s’inspireront certainement de ceux du GIEC[3].
  • L’ajustement géographique et sectoriel des variables du scénario : les variables climatiques à un niveau régional ou par pays, les impacts financiers au niveau des secteurs d’activité (pour les actions, obligations d’entreprise ou l’immobilier) ou des pays (obligations souveraines). Il n’est à ce stade pas envisagé de personnaliser les scénarios par organisme d’assurance ;
  • Un horizon de moyen-long terme ne tenant pas compte d’éventuelles modifications au business-model ou à la stratégie. L’idée est de ne pas artificiellement minorer l’impact du changement climatique par des décisions non encore prises donc n’ayant pas encore pu prendre effet.
  • Une évaluation prospective distincte des politiques d’adaptation de la stratégie et du business-model envisagées par l’organisme, et de leurs effets induits sur l’atténuation des risques, le business-model, la résilience et les éventuels effets de bord.

La cinquième publication de notre série sur l’impact du changement climatique sur la supervision des organismes d’assurance étudiera la semaine prochaine un outil spécialement créé par l’ACPR, l’exercice pilote climatique.


[1] https://www.eiopa.europa.eu/sites/default/files/financial_stability/insurance_stress_test/insurance_stress_test_2021/2021-stress-test-technical-specifications-v1.1.pdf

[2] https://www.eiopa.europa.eu/content/second-discussion-paper-methodological-principles-of-insurance-stress-testing_en

[3] http://www.meteofrance.fr/climat-passe-et-futur/le-giec-groupe-dexperts-intergouvernemental-sur-levolution-du-climat/les-scenarios-du-giec